Le 9 décembre prochain CIPRA France, la FFCAM et Mountain Widerness organisent une journée d'études et d'échanges sur les utilisations de l'hélicoptère dans les Alpes. Alexandre Mignotte, Directeur de CIPRA France, organisme chargé de la mise en oeuvre de la Convention Alpine de 1991, répond à nos questions.
Alexandre Mignotte vous co-organisez ce colloque, quelles sont vos motivations ?
Notre volonté est de réunir l'ensemble des acteurs concernés par la pratique de l'hélicoptère dans les Alpes. Nous ne souhaitons pas faire de cette journée un plaidoyer anti-hélico, mais au contraire faire un état des lieux des différentes pratiques. Secours en montagne, ravitaillement des refuges, chantiers en montagne, mais aussi bien sur pratiques de loisirs. Il s'agira de discuter des différentes réglementations, de leurs interprétations, et voir dans quelle mesure le critère environnemental peut être, ou non, pris d'avantage en considération.
Aussi, nous pourrons compter sur une quinzaine d'intervenants, parmi lesquels Régis Lavergne (Commandant du PGHM de Chamonix), Catherine Marthe (de l'Office Fédéral de l'aviation civile Suisse), Daniel Gerfaut Valentin (coordinateur des gardes des réserves naturelles de Haute-Savoie), Denis Crabières (Vice-Président du Syndicat National des Guides de Montagne), etc...
On imagine que la pratique de l'Héliski sera au coeur des discussions, pouvez-vous nous faire un bref état des lieux de la réglementation française en la matière ?
Clairement c'est le sujet le plus polémique. En France la Loi Montagne interdit la "dépose" en hélicoptère. Pour faire simple on ne peut pas être déposé sur un sommet Français, pour ne faire que la descente. Par contre le texte de la loi n'interdit pas la "reprise" des skieurs par un hélicoptère. C'est là une des incohérence du système, où l'esprit de la Loi Montagne est selon nous bafoué.
Au delà de la pratique de l'héliski, une autre pratique de l'hélicoptère fait de plus en plus débat, c'est celle de "l'hélico-taxi". Pour arriver en station, pour changer de domaine skiable sur une journée, ou encore pour aller dîner dans une autre station, cette pratique, certes limitée à une certaine clientèle, se développe et interroge.
Ces interrogations sont t-elles, selon vous, partagées par les acteurs économiques et institutionnels de la montagne ?
Ca sera en partie le sujet du débat le 9 décembre prochain, mais ce que je peux vous dire c'est que les pratiques de l'hélicoptère à des fins de loisirs posent selon nous un problème en terme d'image et de communication sur la montagne. Et d'ailleurs nous ne sommes pas les seuls à le dire, certains professionels du tourisme le pensent aussi. Par exemple la commune de Pralognan la Vanoise a décidée en novembre 2008, et à l'unanimité, d'interdire toute pratique de loisir de l'hélicoptère dans le vallon de Chavière, trop de skieurs descendants des 3 Vallées se faisaient reprendre en hélico au refuge du Roc de la Pêche. La commune a donc décidé de dire stop.
Mais dans le même temps on trouve aussi sur de nombreux sites d'Office de Tourisme, des offres de liaisons en hélicoptère entre station. Par exemple sur le site de l'Alpe d'Huez, on propose aux skieurs de découvrir le domaine des 2 Alpes, pour 65 euros par personne un hélico vous pose au pieds des pistes et revient vous prendre en fin de journée.
Ce type de message nous paraît contradictoire avec les efforts qui sont réalisés en terme de développement durable, mais aussi avec la communication à caractère environnementale que beaucoup de stations mettent en place, notamment autour des certifications ISO. En terme de communication global sur la montagne, ça pose en tout cas un certains nombres de questions.
La question de l'héliski c'est aussi une problématique transfrontalière car les réglementations ne sont pas les mêmes d'un côté ou de l'autre de la frontière ?
Effectivement et c'est ce qui complique considérablement le débat que nous pouvons avoir en France. Quand nous avons l'occasion d'échanger sur ce sujet avec des représentants du lobby du ski Français, ces derniers ne se montrent pas forcément des grands défenseurs des pratiques de loisirs de l'hélico, mais par contre il nous renvoient à ce qui ce fait en Italie et en Suisse en la matière. La dépose étant autorisée dans le Val d'Aoste et dans le Valais, cela crée un appel d'air et un désequilibre concurentiel. Du coup nombres de prestataires Français proposent quand même ce service, mais au départ d'Italie ou de Suisse.
Quelles sont vos attentes sur ce sujet de l'héliski ?
Nous aurons déjà l'occasion d'en débattre lors du séminaire, en s'appuyant notamment sur le travail de recherche réalisé par Jennifer Heuck, juriste spécialisée dans le droit de la montagne qui recensée de manière exhausstive la législation, les réglementations et les pratiques aériennes dans les différents pays alpins.
Au-delà nous aimerions que la Convention Alpine puisse servir de caisse de résonance pour que la réglementation aérienne dans les Alpes soit l'objet de discussions au sein de l'Union Européenne, car c'est certainenement la seule voie possible en la matière.
Programme du séminaire du 9 décembre : ici
Site de CIPRA France : ici
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