Près de 10 jours après le terrible séisme qui a touché Haïti, interview de Julien Puissant, chargé du suivi de la coopération avec ce pays au sein de l’association Pays de Savoie Solidaires, qui porte la politique de coopération décentralisée et de solidarité internationale du Conseil général de la Savoie. Depuis 12 ans Pays de Savoie Solidaires œuvre en Haïti, dans la région de Dessalines, située 150 km au nord de la capitale Port-au-Prince. Pouvez-vous nous indiquer si cette zone a elle aussi été frappée par le séisme du 12 janvier dernier ?
Oui la ville de Dessalines a ressenti le séisme, le plus violent qu’ait connu Haïti depuis 200 ans, mais sur place et selon les informations que nous avons pu avoir, il n’y a pas de dégâts majeurs à constater, contrairement au sud-ouest du pays et plus particulièrement à Port-au-Prince. En revanche, de trés nombreuses familles de Dessalines sont aujourd’hui endeuillées, la capitale abritant près du tiers de la population du pays.
Vous avez donc pu vous entretenir avec vos partenaires sur place en Haïti ?
Nous avons reçu de nos partenaires de la commune de Dessalines, entre jeudi et dimanche derniers. Le réseau téléphonique n’est plus opérationnel et l’électricité encore très précaire. Les Haïtiens sont coupés du monde et n’ont souvent pas même accès aux informations sur les conséquences du séisme dans leur propre pays.
Selon votre expérience de cette région et selon les informations que vous avez pu avoir, quelles sont aujourd’hui les principales priorités à Dessalines ?
Si la ville n’a pas été détruite, elle doit dans l’urgence faire face à l’afflux de populations en provenance des zones sinistrées et particulièrement de la capitale. Son hôpital est d’ores et déjà saturé, et c’est certainement là le problème majeur. L’accès à l’eau et à l’alimentation constitue aussi un enjeu important du fait de l’augmentation de la population, alors que le centre ville dans une ville accueille habituellement 20.000 habitants. Passée l’urgence, il faudra que Dessalines, tout comme le pays dans son ensemble d’ailleurs, se réorganise en comptant avec une capitale aujourd’hui détruite.
Pays de Savoie Solidaire s’inscrit dans une démarche d’aide au développement sur le long terme, mais jouez-vous un rôle dans l’urgence imposée par la situation ?
Nous avons été largement sollicité depuis une semaine, et notre mission principale aura consisité à orienter ceux qui veulent participer à l'effort de traitement de l'urgence, vers les associations savoyardes, ou celles présentent sur le département, et qui sont positionnées sur ce créneau (Croix-Rouge, Pompiers sans frontières, et d'autres encore). Une réunion est d'ailleurs prévue prochainement avec l'ensemble de ces structures afin de mieux partager les informations transmises par nos partenaires. Par ailleurs nous faisons remonter au Ministère des affaires étrangères, les informations que nous possédons sur la situation dans la province de Dessalines. Enfin, nous réexaminons le programme d’actions prévu pour 2010.
Quels en seront les grands axes ?
Au niveau de la scolarité, il y aura beaucoup de choses à faire, avec plus d’enfants inscrits dans les écoles de Dessalines. Nous orienterons notre action vers l'extension d'infrastructure et l’achat de matériels. A l’hôpital, les gens travaillent aujourd'hui bénévolement car le partenaire financier de l’établissement, basé à Port-au-Prince, a été détruit. Là aussi il y a des actions à mener. Enfin l’eau et l’élaboration d’un nouveau plan d’aménagement seront aussi des dossiers importants.
Question plus large, on a pu entendre ces derniers jours à la télévision des Haïtiens appeler à l’occupation de leur pays par une force étrangère. Quel est votre sentiment par rapport à ce cri d’alarme ?
La question est délicate et fait l’objet d’ un débat récurrent en Haïti. Depuis la crise politique de 2004 et les problèmes de sécurité qui ont en découlé, la Minustah (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti) est présente sur le territoire. Elle a sans nul doute contribué à rétablir l’ordre, mais elle est aussi perçue par certains comme une force d’occupation, symbole de l’absence d’Etat dans le pays.
Aujourd’hui, dans un contexte où les administrations publiques haïtiennes (gouvernement, Parlement, forces de l’ordre) ne sont plus fonctionnelles, il est certain que l’armée américaine contribue efficacement à la coordination de l’aide internationale, même si dans ce type de situation les « couacs » sont inévitables.
J’espère surtout que la communauté internationale prendra conscience qu’Haïti a besoin d’une aide sur la durée pour s’en sortir. Le coup de projecteur médiatique actuel risque de ne pas durer, il faudra ensuite gérer les conséquences de cet afflux de moyens, un afflux potentiellement déstructurant pour les initiatives de développement, s’il ne s’inscrit pas dans la durée.
Commentaires